Présumé coupable

C’est avec impatience que j’attendais d’aller au cinéma mercredi, pour voir le film « Présumé coupable ». J’avais découvert cette histoire dans un « Faites entrer l’accusé » et étais restée estomaquée par cette erreur judiciaire, par ces vies fichues en l’air, et pour le coup j’avais vraiment envie de voir la mise en images des évènements et le parti pris de ce film.

Synopsis : Le film raconte le calvaire d’Alain Marécaux – « l’huissier » de l’affaire d’Outreau – arrêté en 2001 ainsi que sa femme et 12 autres personnes pour des actes de pédophilie qu’ils n’ont jamais commis. C’est l’histoire de la descente en enfer d’un homme innocent face à un système judiciaire incroyablement injuste et inhumain, l’histoire de sa vie et de celle de ses proches broyée par une des plus importantes erreurs judiciaires de notre époque.

Affiche Presumé coupable

Je suis sortie de la séance avec une boule au ventre et ai mis quelques heures à m’en remettre… Certes, je n’étais pas venue pour voir quelque chose de léger, mais j’avais peut-être sous estimé ce film.

Nous avons à peine le temps de découvrir le personnage d’Alain Marécaux, huissier de justice habité par son métier et père de famille aimant, qu’il se fait brutalement arrêter avec sa femme, au milieu de la nuit. Cela devant ses enfants et par des policiers plus que zélés. Tout comme lui, on ne comprend pas ce qui se passe, on attend, avant de comprendre qu’il est accusé pour des faits de pédophilie, par ami de fils, voire par son fils lui-même. Abasourdi, il nie mais personne ne l’écoute. Les policiers sont violents, les magistrats accusateurs, tous semblent convaincus de sa culpabilité. On assiste, impuissants, à sa descente aux enfers. Une implacable machine judiciaire et humaine s’abat sur lui, la garde à vue se transforme en emprisonnement, puis en internement en asile psychiatrique, son unique rempart qui était son cercle familial vole en éclats.
Et parallèlement, on ne se rend compte qu’aucune procédure n’est respectée. C’est ahurissant de voir que les magistrats continuent toujours dans la même direction, comme s’ils portaient des œillères, alors qu’il n’y a aucune preuve tangible, que les accusateurs paraissent plus louches que jamais… Jamais, au grand jamais, la présomption d’innocence n’est respectée, pour lui et pour les douze autres inculpés. Pas mal pour le pays des Droits de l’Homme…

J’ai été saisie par la performance rare de Philippe Torreton, qui incarne un Alain Marécaux aussi vrai que nature, tant physiquement (l’acteur a perdu 27 kg, l’accusé ayant fait une grève de la faim), et que moralement : on le « sent » incompris, dépressif, ne vivant plus que pour clamer son innocence et voir ses enfants. Un autre acteur sur lequel il faudra compter, c’est le grenoblois Raphaël Ferret, qui joue une juge d’instruction Fabrice Burgaud comme on l’imagine sans peine avoir été : froid, hautain, obnubilé par son travail et « l’affaire » qu’il croit avoir révélé au grand jour, sans grande considération pour les humains se tenant de l’autre côté de son bureau.

A travers la vision d’un seul homme et de son vécu, le réalisateur livre un film fort qui vaut non seulement le détour par son côté documentaire, que par la grande palette émotions qu’il fait passer. A voir donc.

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