Le Liseur / The Reader

Allemagne de l’Ouest, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. A quinze ans, Michaël fait par hasard la connaissance, en rentrant du lycée, d’une femme de trente-cinq ans dont il devient l’amant. Pendant six mois, il la rejoint chez elle tous les jours, et l’un de leurs rites consiste à ce qu’il lui fasse la lecture à haute voix. Cette Hanna reste mystérieuse et imprévisible, elle disparaît du jour au lendemain.

Sept ans plus tard, Michaël assiste, dans le cadre de ses études de droit, au procès de cinq criminelles SS qui ont envoyé des dizaines de femmes à la mort; et reconnaît Hanna parmi elles. Accablée par ses coaccusées, elle se défend mal et est condamnée à la détention à perpétuité. Mais, sans lui parler, Michaël comprend soudain l’insoupçonnable secret qui, sans innocenter cette femme, éclaire sa destinée, et aussi cet étrange premier amour dont il ne se remettra jamais.

J’avais vu à l’époque l’affiche du film, puis des extraits, qui m’avaient beaucoup donné envie. J’ai compris qu’il s’agissait de l’adaptation d’un livre et j’ai résolu de lire ce dernier avant. Sans regrets ! J’ai vraiment beaucoup aimé ce livre, qui m’a intrigué puis tenu en haleine pour une bonne partie.

Pourquoi Hanna a-t-elle disparu du jour au lendemain ? Pourquoi a-t-elle choisi de s’engager dans les SS ? Quel secret se cache derrière son attitude étrange ?

Outre les traumatismes d’une Allemagne d’après guerre poursuivie par les crimes perpétrés par les SS, outre l’histoire d’amour entre Hanna et Michaël, qui va vivre à travers la jeune femme le passé terrible de son pays, ce livre nous procure une réflexion sur la fierté, l’orgueil et notamment sur les conséquences dramatiques que ce trait de caractère humain peut engendrer.

Cet ouvrage pose également des questions sur le devoir de mémoire.

Que doivent faire les générations futures face aux crimes des anciennes ? L’Allemagne devra-t-elle éternellement être pointée du doigt comme criminelle contre l’humanité ?

L’adaptation ciné est très réussie, fidèle au point d’y retrouver l’intensité de l’écriture : à voir !

La part de l’autre

« 8 octobre 1908 : Adolf Hitler est recalé.
Que se serait-il passé si l’École des beaux-arts de Vienne en avait décidé autrement ? Que serait-il arrivé si, cette minute là, le jury avait accepté et non refusé Adolf Hitler, flatté puis épanoui ses ambitions d’artiste ? Cette minute-là aurait changé le cours d’une vie, celle du jeune, timide et passionné Adolf Hitler, mais elle aurait aussi changé le cours du monde… »

Qui ne s’est jamais demandé quelle personne il serait aujourd’hui si tel ou tel épisode de sa vie avait été différent ?

Ce roman raconte deux histoires en parallèle : celle d’Hitler,  tel que nous le connaissons et celle d’Adolf H., l’homme qu’aurait pu devenir Hitler s’il n’avait pas échoué au concours d’entrée à l’école des beaux-arts. A la place de devenir un artiste raté et frustré, il se serait épanoui dans la peinture, changeant ainsi le cours de sa vie et par conséquent le cours de l’Histoire.

Dans la partie concernant Hitler, l’auteur nous fait découvrir l’intimité d’Hitler, ses psychoses, ses névroses, ses frustrations, toutes ses choses qui, accumulées, vont le conduire vers la folie. On retrouve ici des aspects connus du personnage, et on en découvre d’autres, plus psychologiques, peut-être romancés mais très documentés et qui lui collent à la peau.

Dans les passages relatant la vie d’Adolf H. on fait la connaissance d’un personnage, introverti, passionné par son art, et qui,  malgré une timidité prononcée, parvient à se hisser dans la cour des artistes et fait son petit bout de chemin.A la différence de son alter ego, il est conscient de ses problèmes même si il ne sait pas les expliquer, et va se prendre en main et demander de l’aide.

« Un homme est fait de choix et de circonstances. Personne n’a de pouvoir sur les circonstances mais chacun en a sur ses choix. »

Hitler aurait-il pu être autre ? Un autre moi aurait-il pu être Hitler ? Éric-Emmanuel Schmitt ne base pas uniquement son propos sur ce qu’aurait été le monde sans l’épisode du nazisme, mais plutôt sur la comparaison de la vie des deux personnages.

Plus qu’une simple uchronie, La part de l’autre montre à la fois que le monde aurait pu être tout autre et que chacun de nous renferme un Hitler en puissance, une possibilité de faire le mal. Ce livre fait réfléchir et surtout laisse songeur quant à tout ce qui aurait pû être -et surtout ne pas être- si Hitler avait trouvé en lui la capacité d’assumer ses échecs.

Un très bon livre, passionnant, tant du point de vue historique que du point de vue personnel, qui marque l’esprit et qui continue à vivre en soi longtemps après que la dernière page se soit tournée…

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